Dans mes commentaires Med’celine m’a proposé de relayer un article publier sur son blog et sur d’autres ici et là.

Après mure réflexion, je n’arrive pas à me décider : alors je m’explique ...

Je m’imagine prêtre (je ne suis pas catho pratiquante du tout) à la fin de ma messe avec une sébile pleine de préservatifs… L

Ces derniers ne sont pas responsables des prises de positions douteuses de leur pape. J’en connais peu, ce n’est pas un « milieu » que je côtoie beaucoup, mais nombreux sont ceux qui comprennent très bien qu’on utilise telle ou telle contraception. Ils ont souvent des positions très éloignées des dogmes rigides du catholicisme et ils font un « boulot » difficile. Certains plus rares il est vrai, ont même une compagne cachée...

S’attaquer à l’église en général, à mes yeux, c’est un peu comme si on prétendait que les américains sont tous des abrutis, au motif qu’ils avaient comme président le roi des abrutis, ou que les musulmans sont tous des intégristes et des terroristes puisque Ben Laden en est un… Seulement tous ces derniers peuvent se démarquer clairement de cette image, en revanche les prêtres ne peuvent pas clamer haut et fort leur désaccord, ou alors ils ne seront plus prêtres… que faire s’ils sont croyants et veulent servir leur dieu à leur façon ?

Alors participer à une collecte pour décharger un camion de préservatifs devant la porte du vatican oui !

Pourtant le SIDA n'est pas une maladie abstraite pour moi, si vous avez le temps de lire la suite, je vais essayer de raconter une histoire vécue :

       Elle s’était contaminée en 82 à une époque où on en parlait à peine et où on ne savait comment trouver le virus en cause. Elle a fait une primo invasion, j’étais déjà médecin, en cours de spécialité de gynéco. J’ai fait le tour des causes banales : toxo, MNI, je ne sais plus. Et puis tout est rentré dans l’ordre et je n’y ai plus songé. Ni Elle non plus. En 88 Elle a commencé à multiplier les surinfections ORL, bronchiques. J’avais vraiment tout oublié… pourtant je savais aussi qu’en 82 son ami (son unique partenaire) avait « expérimenté » quelques shouts  à la seringue. Plusieurs mois se sont écoulés, j'ai du faire un déni médical, j’avais fait en 83 des consultations de séropositifs dans le service des maladies infectieuses… ! ! Je l’ai adressée à un confrère ORL qui m’a appelée dés la fin de consultation pour me dire qu’il pensait qu’elle avait le SIDA. C’est curieux la vie: en une seconde tout ce que je savais s’est articulé pour me sauter au visage et la réalité m’est apparue avec une évidence diabolique.

           Des jours, des nuits à lire sur ce sujet : 3 ans à vivre maximum a dit mon agrégé des maladies infectieuses. Et puis surtout, mon copain l’ORL qui ne la connaissait pas, ne se sentait pas capable de lui annoncer ce diagnostic, et mon patron voulait bien la prendre en charge, mais évidement souhaitait qu’elle sache avant pourquoi il allait la voir…

          A cette époque là, tous ceux qui étaient malades du SIDA (je ne parle pas des séropositifs) savaient qu’ils allaient mourir rapidement. Avant, depuis surtout, j’en ai fait des consultations d’annonce de maladie grave, mais jamais plus comme cette fois là, jamais plus ça ne pourra être aussi déchirant.

         J’annonçais la mort à brève échéance et Elle, c’était ma sœur.

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          Alors je l’ai fait, j’ai choisi un très bel endroit sur les bords de Loire, là où j’aimais aller et puis j’ai dit le plus doucement possible l’indicible, avec de l’espoir..., de l’amour, tout mon cœur. Elle avait 24 ans, la Loire coulait, belle, tranquille, reposante.

           Elle a entamé sa bataille avec rage et courage. Sa façon à elle c’était de continuer de bosser, elle avait sa maîtrise de droit, et pendant les 2 années de semi-répis, elle a passé 2 DEA , commencé une thèse, préparé le concours de la magistrature et donner des cours à la fac. Elle et moi avons milité dans une association locale contre le SIDA, mais sans afficher sa maladie. On a fait des tas de réunions, meetings, exposés partout , dans les écoles etc… et on en a distribué des préservatifs ! ! A cette époque, il faut dire qu’elle était la seule malade du service (ou séropositive) contaminée par rapport hétérosexuel, et on a côtoyé beaucoup le milieu homo, drogué, prostitué. Mais il était évident qu’il fallait s’attendre à une flambée, d’où toutes ces assos qui sont nées.

           C’était une autre époque pour cette maladie, honnêtement les malades la cachaient tous ou presque. Elle venait brûler ses boites de médicaments dans ma cheminée pour que ses voisins ne se doutent de rien, il n’y avait que l’AZT mais il fallait en avaler beaucoup. Certains qui s’en doutaient ne venaient plus nous embrasser de peur… Au début, longtemps même, elle l’a caché à nos parents. Je crois qu’elle avait surtout peur qu’il ne la voient plus comme avant. C’est déjà terrible comme maladie, mais c’est insensé, ce que ce coté inavouable ajoutait comme épreuve.

          Fin 90, 2 ans ½ plus tard, tout à basculé; tous les jours je me demandais par où ça allait foirer. Elle a commencé par faire quelques fautes d’orthographe et comme elle était sacrément plus balaise que moi ça m’a tout de suite glacée. En rien de temps des troubles du langages sont arrivés. Malheureusement ce n’était pas une toxoplasmose cérébrale qui nous aurait donné un peu de temps. Elle a développé une leuco-encéphalopathie démyélinisante. Bientôt elle n’a plus pu communiquer ses peurs, ses angoisses, juste hurler. J’en pleure encore. Puis la paralysie, enfin l’horreur sur quelques mois pour elle, mes parents, tous.

          Elle est morte l’été 91, elle avait 27 ans.

         Je suis horripilée quand j’entends : elle est « partie » elle s’est « éteinte » sous prétexte que ça ferait plus doux ou plus littéraire. C’est juste un mensonge. Partir ça sous entend pouvoir revenir, éteindre, on peut rallumer… Et puis mourir, décéder ce ne sont pas des gros mots, ça fait partie de la vie, c’est juste la vérité.